Articles
>
Licenciement pendant un arrêt maladie pour désorganisation : ce que change l'arrêt du 9 septembre 2026

Licenciement pendant un arrêt maladie pour désorganisation : ce que change l'arrêt du 9 septembre 2026

Publié le 15 septembre 2026
Sommaire

Un salarié en arrêt maladie répété peut-il être licencié pour désorganisation de l'entreprise ? La Cour de cassation, le 9 septembre 2026, précise que ce motif ne suppose pas de discrimination liée à la santé, mais que l'employeur doit prouver la désorganisation réelle et la nécessité d'un remplacement définitif, sous peine de licenciement sans cause réelle et sérieuse.

👋 Moi c'est Walid BENKHALED, ex-avocat en droit du travail, juriste et formateur CSE. Avec CSE ACADÉMIE, nous formons et accompagnons les élus CSE partout en France.

Une salariée enchaîne les arrêts de travail depuis plusieurs mois. Son employeur, qui doit réorganiser le service à chaque absence, finit par la licencier en invoquant la désorganisation de l'entreprise et la nécessité de la remplacer définitivement. Beaucoup de salariés pensent qu'un tel licenciement est automatiquement nul parce qu'il est lié, dans les faits, à leur état de santé. Beaucoup d'employeurs pensent au contraire qu'il leur suffit d'invoquer la désorganisation pour licencier sereinement.

La Cour de cassation, chambre sociale, a précisé les règles du jeu dans un arrêt du 9 septembre 2026 (pourvoi n° 25-14.356, publié au Bulletin). L'affaire opposait une salariée à son employeur, une filiale française du groupe Jungheinrich, après le licenciement de la salariée motivé par des absences répétées pour maladie entre janvier 2019 et septembre 2020.

📌 Point clé : Un licenciement motivé par la désorganisation de l'entreprise ne constitue pas, à lui seul, un élément laissant supposer une discrimination liée à l'état de santé. Mais l'employeur doit prouver à la fois la désorganisation réelle et la nécessité d'un remplacement définitif dans un délai raisonnable : à défaut, le licenciement reste sans cause réelle et sérieuse, sans pour autant être nul.

⚖️ Le cadre juridique : maladie et discrimination

L'état de santé figure parmi les critères de discrimination interdits par l'article L. 1132-1 du code du travail : aucun salarié ne peut être licencié en raison de son état de santé. Un licenciement discriminatoire est nul, et le salarié peut demander sa réintégration ou une indemnité au moins égale à six mois de salaire.

Mais la maladie elle-même n'interdit pas tout licenciement. La jurisprudence admet de longue date qu'un employeur peut licencier un salarié dont les absences, même non fautives, désorganisent durablement le fonctionnement de l'entreprise et rendent nécessaire son remplacement définitif. Ce motif n'est alors pas la maladie en tant que telle, mais ses conséquences objectives sur l'organisation du travail. C'est précisément l'articulation entre ces deux logiques que l'arrêt du 9 septembre 2026 vient clarifier.

En matière de discrimination, la charge de la preuve est aménagée par l'article L. 1134-1 du code du travail : le salarié doit présenter des éléments de fait laissant supposer une discrimination, puis l'employeur doit prouver que sa décision repose sur des éléments objectifs étrangers à toute discrimination.

📄 Les faits de l'affaire jugée le 9 septembre 2026

La salariée, engagée le 9 juillet 2018, a connu plusieurs périodes d'arrêt de travail pour raisons médicales entre janvier 2019 et septembre 2020. Son employeur l'a licenciée le 7 janvier 2021, en invoquant la désorganisation du service provoquée par ses absences répétées et la nécessité de procéder à son remplacement définitif.

La salariée a saisi le conseil de prud'hommes, puis la cour d'appel de Grenoble, en soutenant que ce motif dissimulait en réalité une discrimination liée à son état de santé et que le licenciement devait être annulé. La cour d'appel lui avait donné raison en retenant que la seule invocation de la désorganisation, associée à des absences pour maladie, suffisait à laisser supposer une discrimination. L'employeur a formé un pourvoi en cassation.

✅ Ce que juge la Cour de cassation

La Cour de cassation censure ce raisonnement. Elle rappelle que le licenciement fondé sur la désorganisation de l'entreprise causée par les absences prolongées ou répétées d'un salarié, et la nécessité de le remplacer définitivement, ne constitue pas, à lui seul, un élément laissant supposer l'existence d'une discrimination en raison de l'état de santé. Invoquer ce motif n'inverse donc pas automatiquement la charge de la preuve en matière de discrimination.

La Cour précise ensuite les conditions de validité de ce motif : l'employeur doit établir cumulativement deux éléments distincts. D'une part, la réalité et l'ampleur de la désorganisation provoquée par les absences du salarié, appréciée au niveau de l'entreprise et non du seul service. D'autre part, la nécessité de pourvoir à son remplacement définitif, ce qui suppose une embauche effective, en CDI et dans un délai raisonnable après le licenciement.

Lorsque l'employeur échoue à démontrer l'un de ces deux éléments, la sanction n'est pas la nullité du licenciement : elle est l'absence de cause réelle et sérieuse. La distinction a une portée concrète en matière d'indemnisation, puisqu'un licenciement sans cause réelle et sérieuse ouvre droit au barème d'indemnités prévu à l'article L. 1235-3 du code du travail, alors qu'un licenciement nul pour discrimination échappe à ce plafond.

🚦 Distinctions à connaître

Cette décision invite à distinguer plusieurs situations qui se ressemblent mais entraînent des conséquences juridiques différentes.

SituationCe que doit prouver l'employeurSanction en cas d'échec
Licenciement pour désorganisation liée à l'absence maladieDésorganisation réelle + remplacement définitif dans un délai raisonnableLicenciement sans cause réelle et sérieuse
Licenciement où la discrimination est démontrée par d'autres éléments (propos, courriels, calendrier suspect)Justification totalement étrangère à l'état de santéNullité du licenciement
Rupture conventionnelle négociée pendant un arrêt maladieAbsence de vice du consentement et de pression liée à l'état de santéNullité de la rupture si la discrimination est établie

La troisième ligne renvoie à une problématique différente, déjà distincte de celle jugée ici, puisqu'elle concerne un mode de rupture négocié et non un licenciement unilatéral. Le raisonnement de la Cour ne s'applique donc pas de la même façon selon que l'on discute d'un licenciement pour désorganisation ou d'un autre mode de rupture.

🧭 Ce que peut faire le salarié, ce que doit démontrer l'employeur

Pour le salarié qui conteste ce type de licenciement, l'enjeu est de rassembler des éléments de fait allant au-delà de la seule coïncidence entre ses absences et son licenciement : des propos tenus lors de l'entretien préalable, des échanges internes évoquant sa santé plutôt que l'organisation du service, ou l'absence de toute embauche de remplaçant plusieurs mois après son départ. Ces éléments peuvent, eux, laisser supposer une discrimination et faire basculer le débat sur le terrain de la nullité.

Pour l'employeur, la prudence commande de documenter la désorganisation avant d'engager la procédure : plannings, notes internes, indicateurs de charge de travail, et de formaliser le recrutement du remplaçant en CDI dans un délai resserré après le licenciement. Un remplacement tardif, partiel ou en CDD fragilise fortement la défense de l'entreprise devant les juges du fond.

👥 Ce que doivent retenir les élus du CSE

Les élus du CSE sont souvent les premiers interlocuteurs d'un salarié licencié dans ce contexte, notamment lorsqu'ils l'assistent lors de l'entretien préalable. Cet arrêt leur donne une grille de lecture précise : la seule mention de la désorganisation dans la lettre de licenciement ne doit ni les alarmer à tort, ni les rassurer à tort. Le point décisif est de vérifier si l'employeur peut réellement justifier, pièces à l'appui, la désorganisation invoquée et l'embauche effective d'un remplaçant.

Les élus peuvent utilement demander, en amont d'une consultation ou lors d'un point d'information, des données agrégées et anonymisées sur les licenciements liés à l'absentéisme pour raisons médicales, afin de repérer d'éventuelles pratiques systématiques qui, elles, pourraient constituer un indice sérieux de discrimination collective. Ce suivi relève pleinement des attributions générales du CSE en matière de conditions de travail et de santé au travail. En cas de doute sur les notions employées, comme la différence entre nullité et absence de cause réelle et sérieuse, notre lexique juridique permet de clarifier ces termes avant d'en débattre en réunion.

💡 Le réflexe utile en réunion : Lorsqu'un licenciement pour désorganisation lié à des absences maladie est évoqué, demandez que soit consignée au procès-verbal la date d'embauche du remplaçant et son type de contrat (CDI ou CDD). Cette seule mention permet, plus tard, de vérifier si la condition du remplacement définitif dans un délai raisonnable a été respectée.

📌 Ce qu'il faut retenir

  • Le licenciement pour désorganisation liée à des absences maladie n'est pas, en soi, un indice de discrimination.
  • L'employeur doit prouver deux conditions cumulatives : désorganisation réelle et remplacement définitif dans un délai raisonnable.
  • À défaut de preuve suffisante, le licenciement est sans cause réelle et sérieuse, et non nul.
  • La nullité pour discrimination suppose des éléments de fait distincts, propres à laisser supposer un lien direct avec l'état de santé.
  • Un remplacement tardif, en CDD ou jamais concrétisé affaiblit fortement la position de l'employeur.
  • Les élus du CSE ont intérêt à suivre les indicateurs d'absentéisme et de remplacement plutôt que le seul motif affiché du licenciement.

📚 Sources

Cette clarification de la Cour de cassation mérite d'être suivie de près, tant les licenciements liés à l'absentéisme maladie restent fréquents. Pour aller plus loin sur la manière de préparer et documenter ce type de dossier, consultez notre page accompagnement juridique ou inscrivez vos élus à l'une de nos formations CSE consacrées à la santé au travail et à la discrimination.

Actualité

Autres actualités CSE

Voir plus
Période d'essai en CDD, intérim et apprentissage : quelles règles ?
Période d'essai en CDD, intérim et apprentissage : quelles règles ?

En CDD, en intérim ou en apprentissage, la période d'essai obéit à des règles propres, différentes du CDI : durées plafonnées selon le contrat, absence de renouvellement en CDD, période probatoire de 45 jours en apprentissage. Un arrêt du 19 juin 2024 rappelle qu'en cas d'embauche définitive, la durée des CDD ou missions déjà accomplis doit être déduite de la nouvelle période d'essai.

CSE et inspection du travail : dans quels cas la saisir ?
CSE et inspection du travail : dans quels cas la saisir ?

Au-delà du droit d'alerte pour danger grave, le CSE dispose d'autres leviers pour solliciter l'inspection du travail : désaccord sur le règlement intérieur, carence dans la mise en place du comité, ou risques identifiés au document unique restés sans mesure de prévention. Le code du travail organise ces canaux et leurs suites concrètes : mise en demeure, procès-verbal transmis au procureur, saisine du juge en référé.

Licenciement pendant un arrêt maladie pour désorganisation : ce que change l'arrêt du 9 septembre 2026
Licenciement pendant un arrêt maladie pour désorganisation : ce que change l'arrêt du 9 septembre 2026

Un salarié en arrêt maladie répété peut-il être licencié pour désorganisation de l'entreprise ? La Cour de cassation, le 9 septembre 2026, précise que ce motif ne suppose pas de discrimination liée à la santé, mais que l'employeur doit prouver la désorganisation réelle et la nécessité d'un remplacement définitif, sous peine de licenciement sans cause réelle et sérieuse.

Nos formations

Les formations qui pourraient vous intéresser ...

Voir toutes les formations
Formation comprendre les procédures collectives
Nouveau
1 jour
12 élus max
4 modules
Formation comprendre les procédures collectives

Sauvegarde, redressement, liquidation judiciaire : cette formation donne aux élus les clés pour comprendre ces procédures, leurs effets sur les salariés, et exercer le rôle de consultation et de représentation du CSE en situation de crise.

Présentiel
Visio
voir
Formation les leviers de négociation du budget ASC
Nouveau
2 jours
8 modules
Formation les leviers de négociation du budget ASC

Le budget ASC ne se subit pas, il se négocie. Deux journées pour reconstituer l'assiette, vérifier la règle de non-régression, bâtir un dossier chiffré et tenir la négociation face à la direction.

Présentiel
Visio
voir
Formation préparer son règlement intérieur
1 jour
+ 150 élus formés
3 modules
Formation préparer son règlement intérieur

Le règlement intérieur est un outil essentiel pour structurer le fonctionnement du CSE et assurer une gestion claire et efficace de l’instance. Cette formation vous guide pas à pas dans son élaboration afin d’en faire un document conforme aux obligations légales et adapté aux spécificités de votre entreprise.

Présentiel
Visio
voir
Formation les nouvelles attributions environnementales du CSE
Nouveau
1 jour
12 élus max
4 modules
Formation les nouvelles attributions environnementales du CSE

La loi Climat de 2021 a renforcé les attributions environnementales du CSE. Cette formation vous permet de maîtriser ce nouveau cadre juridique, d'exercer vos droits en matière environnementale et d'intégrer les enjeux écologiques dans votre action quotidienne.

Présentiel
Visio
voir
Formation faire face à un licenciement économique (avec ou sans PSE)
Nouveau
⬥ Très sollicitée
2 jours
12 élus max
6 modules
Formation faire face à un licenciement économique (avec ou sans PSE)

Le licenciement économique est l'une des situations les plus délicates pour un CSE. Cette formation de 2 jours donne aux élus toutes les clés pour comprendre les procédures, exercer les droits de consultation, négocier des mesures ambitieuses et accompagner les salariés.

Présentiel
Visio
voir
Formation optimiser et sécuriser les activités sociales du CSE
⬥ Très sollicitée
1 jour
+330 élus formés
4 modules
Formation optimiser et sécuriser les activités sociales du CSE

Gérer les activités sociales et culturelles (ASC) du CSE est une responsabilité clé qui nécessite rigueur et conformité aux règles légales. Cette formation vous permet de maîtriser les aspects juridiques, comptables et organisationnels des ASC afin d’optimiser leur gestion et d’éviter tout risque de redressement.

Présentiel
Visio
voir
Formation trésorier du CSE
⬥ Très sollicitée
2 jours
+ 140 élus formés
8 modules
Formation trésorier du CSE

Cette formation est spécialement conçue pour le trésorier du CSE, afin de lui fournir toutes les compétences nécessaires pour gérer efficacement les finances de l'instance. À travers un programme structuré et des cas pratiques, vous apprendrez à gérer les budgets du CSE, qu’il s’agisse du budget de fonctionnement ou du budget des activités sociales et culturelles (ASC), tout en garantissant une utilisation conforme aux règles légales.

Présentiel
Visio
voir
Formation les représentants de proximité
1 jour
+150 élus formés
4 modules
Formation les représentants de proximité

‍Devenez un acteur de terrain efficace en maîtrisant votre rôle de représentant de proximité. Cette formation vous permettra de comprendre votre vos missions et d'en maîtriser le cadre légal. Vous apprendrez également à collaborer efficacement avec le CSE et la direction, à utiliser vos moyens d’action et à intervenir sur les questions de santé, sécurité et conditions de travail.

Présentiel
Visio
voir
Formation égalité de traitement & non-discrimination
Nouveau
2 jours
8 modules
Formation égalité de traitement & non-discrimination

Repérer une discrimination, la documenter et la faire cesser : critères prohibés, charge de la preuve, panels de comparaison, index d'égalité et recours, avec des cas réels anonymisés.

Présentiel
Visio
voir
Formation renouvellement des membres du CSE - SSCT 3 jours (obligatoire)
Obligatoire
⬥ Très sollicitée
3 jours
+360 élus formés
12 modules
Formation renouvellement des membres du CSE - SSCT 3 jours (obligatoire)

En tant qu’élu du CSE ou de la CSSCT, vous êtes un acteur clé de la santé et de la sécurité au travail. Cette formation vous donne toutes les clés pour identifier les risques professionnels, proposer des actions concrètes et collaborer efficacement avec les différents acteurs de l’entreprise. Maîtrisez vos missions, anticipez les dangers et devenez un véritable moteur de la prévention. Offrez à vos salariés un environnement de travail plus sûr et serein !

Présentiel
Visio
voir
Formation les bases en droit du travail
⬥ Très sollicitée
2 jours
Très sollicitée
8 modules
Formation les bases en droit du travail

Le droit du travail est essentiel pour exercer pleinement votre mandat d’élu CSE. Cette formation vous offre les clés pour comprendre les principes fondamentaux et intervenir efficacement. Conçue spécifiquement pour les élus, elle vous permettra de sécuriser vos actions et défendre les droits des salariés avec assurance.

Présentiel
Visio
voir
Formation DUERP : comprendre, évaluer et prévenir les risques professionnels
1 jour
+ 170 élus formés
4 modules
Formation DUERP : comprendre, évaluer et prévenir les risques professionnels

Cette formation, axée sur la pratique et des cas concrets, donne aux élus du CSE les compétences nécessaires pour analyser les risques, proposer des actions de prévention efficaces et assurer le suivi du DUERP en collaboration avec l’employeur et les autres acteurs de la santé au travail.

Présentiel
Visio
voir