Combien d'heures complémentaires un salarié à temps partiel peut-il faire ? Un dixième de son contrat à défaut d'accord, jusqu'au tiers par accord collectif. Majoration de 10 % puis 25 % à défaut de taux conventionnel (L. 3123-8, -20, -28, -29). Les repères pour les élus du CSE.
Votre contrat prévoit vingt heures par semaine, mais votre responsable vous demande régulièrement de rester une heure de plus, puis deux. Vous acceptez par service rendu, sans savoir si cela a une limite, ni si ces heures sont mieux payées. En tant qu'élu du CSE, vous recevez la même question de plusieurs salariés à temps partiel : « Combien d'heures complémentaires l'employeur peut-il me demander, et à quel tarif ? »
Le Code du travail répond par plusieurs articles qui se lisent ensemble : L. 3123-8 (majoration obligatoire), L. 3123-9 (plafond), L. 3123-20 et L. 3123-28 (limite du tiers ou du dixième) et L. 3123-21 et L. 3123-29 (taux de majoration). La combinaison de ces textes dépend d'un point décisif : existe-t-il un accord collectif ?
📌 Point clé : chaque heure complémentaire d'un salarié à temps partiel donne lieu à une majoration de salaire. À défaut d'accord, elles sont limitées au dixième de la durée contractuelle ; un accord peut relever cette limite jusqu'au tiers. Sans stipulation conventionnelle, la majoration est de 10 % jusqu'au dixième, puis de 25 % entre le dixième et le tiers.
⚖️ Les règles de base
Une heure complémentaire est une heure accomplie par un salarié à temps partiel au-delà de la durée de travail prévue dans son contrat. Elle se distingue de l'heure supplémentaire, qui concerne les salariés dont la durée de travail dépasse la durée légale. Quatre règles encadrent les heures complémentaires.
- Une majoration obligatoire. L'article L. 3123-8 dispose que « chacune des heures complémentaires accomplies donne lieu à une majoration de salaire ». Ce texte ne fixe pas lui-même de taux : il pose le principe.
- Un plafond global. Selon L. 3123-9, les heures complémentaires « ne peuvent avoir pour effet de porter la durée de travail accomplie par un salarié à temps partiel au niveau de la durée légale du travail » ou, si elle est inférieure, de la durée fixée conventionnellement. Un temps partiel ne peut donc pas devenir un temps plein par ce biais.
- Une limite quantitative. Elle est fixée par rapport à la durée prévue au contrat, et non par rapport à un nombre d'heures absolu.
- Un taux de majoration. Il est fixé par un accord de branche étendu, sinon par la loi.
🚦 Le dixième ou le tiers : tout dépend de l'accord
Le texte de base, applicable à défaut d'accord, est l'article L. 3123-28. Il prévoit que le nombre d'heures complémentaires accomplies par un salarié à temps partiel au cours d'une même semaine, d'un même mois ou de la période prévue par un accord de modulation « ne peut être supérieur au dixième de la durée hebdomadaire ou mensuelle de travail prévue dans son contrat ».
L'article L. 3123-20 ouvre la possibilité d'aller plus loin : « une convention ou un accord d'entreprise ou d'établissement ou, à défaut, une convention ou un accord de branche étendu peut porter la limite dans laquelle peuvent être accomplies des heures complémentaires jusqu'au tiers de la durée hebdomadaire ou mensuelle de travail prévue dans le contrat ».
| Cas | Limite des heures complémentaires |
|---|---|
| Aucun accord ne relève la limite (L. 3123-28) | Un dixième de la durée contractuelle |
| Accord d'entreprise, d'établissement ou, à défaut, de branche étendu (L. 3123-20) | Jusqu'au tiers de la durée contractuelle |
Un exemple chiffré aide à mesurer l'écart. Pour un salarié engagé à vingt heures par semaine, le dixième représente deux heures, tandis que le tiers représente environ six heures quarante. Le salarié ne peut donc pas être sollicité au-delà de ces seuils, sous réserve du plafond de L. 3123-9.
💰 Le taux de majoration : branche d'abord, loi à défaut
La loi organise un système en deux temps. D'abord, l'article L. 3123-21 permet à une convention ou un accord de branche étendu de prévoir le taux de majoration de chaque heure complémentaire dans la limite du tiers. Ce taux « ne peut être inférieur à 10 % ». Ensuite, l'article L. 3123-29 prévoit, à défaut de stipulation conventionnelle, que le taux de majoration est de :
- 10 % pour chacune des heures accomplies dans la limite du dixième des heures prévues au contrat ;
- 25 % pour chacune des heures accomplies entre le dixième et le tiers des heures prévues au contrat.
Pour reprendre l'exemple du salarié à vingt heures : à défaut de règle conventionnelle différente, les deux premières heures complémentaires de la semaine sont majorées de 10 %, et les heures suivantes, jusqu'à environ six heures quarante, de 25 %. À titre d'illustration, avec un taux horaire de 12 euros, une heure majorée de 10 % est payée 13,20 euros, une heure majorée de 25 % 15 euros. Cette seconde fourchette suppose toutefois qu'un accord a relevé la limite jusqu'au tiers, sinon le dixième s'applique.
La branche peut donc fixer son propre taux, mais pas en dessous de 10 %. Vérifiez toujours la convention collective avant d'appliquer le taux légal supplétif.
🧭 L'avenant de complément d'heures : une autre voie
L'article L. 3123-22 prévoit une alternative aux heures complémentaires : une convention ou un accord de branche étendu peut autoriser, par avenant au contrat de travail, une augmentation temporaire de la durée de travail. L'accord détermine le nombre maximal d'avenants, dans la limite de huit par an et par salarié, en dehors du remplacement d'un salarié absent nommément désigné. Il peut prévoir une majoration salariale des heures effectuées dans ce cadre. Quant aux heures accomplies au-delà de la durée fixée par l'avenant, elles donnent lieu à une majoration qui ne peut être inférieure à 25 %.
Cette voie suppose un accord de branche étendu qui l'autorise. Sans cet accord, l'employeur ne peut pas la mobiliser.
🏢 Ce que peut faire l'entreprise et ce qu'elle doit surveiller
Pour l'employeur, la gestion des heures complémentaires suppose trois contrôles : le suivi mensuel des heures effectuées par chaque salarié à temps partiel, la comparaison avec le seuil applicable (dixième ou tiers), et l'application du bon taux de majoration. Une erreur fréquente consiste à appliquer le tiers alors qu'aucun accord ne l'autorise, ou à appliquer un taux unique sans tenir compte de la convention collective.
Le salarié, lui, doit retrouver ces heures sur son bulletin de paie, avec la majoration correspondante. Si le bulletin ne distingue pas les heures complémentaires du reste, il peut demander des explications. Notre article sur le contrat à temps partiel non signé et la présomption de temps complet rappelle d'ailleurs l'importance d'un écrit clair sur la durée du travail.
👥 Ce que doivent retenir les élus du CSE
L'article L. 2312-8 du Code du travail inscrit parmi les sujets de consultation du CSE « les conditions d'emploi, de travail, notamment la durée du travail ». Le recours systématique aux heures complémentaires est un indicateur d'organisation du travail qui relève de cette mission.
- Demander un état des heures complémentaires par service et par salarié, avec le nombre moyen mensuel, pour repérer les temps partiels qui travaillent presque à temps plein.
- Vérifier l'accord applicable : le tiers n'est possible que si un accord d'entreprise, d'établissement ou, à défaut, de branche étendu le prévoit.
- Contrôler les taux de majoration figurant sur les bulletins, au regard de la branche et, à défaut, de L. 3123-29.
- Interroger la direction sur l'opportunité de modifier les contrats lorsque les heures complémentaires sont régulières.
Ce sujet recoupe celui des heures supplémentaires, qui obéissent à un contingent annuel et à une consultation spécifique, détaillés dans notre article sur le contingent d'heures supplémentaires et l'avis du CSE. Les deux régimes ne se confondent pas, mais l'élu a intérêt à les suivre ensemble.
💡 Le réflexe utile en réunion : réclamez à la direction, pour les trois derniers mois, le nombre d'heures complémentaires par salarié à temps partiel, l'accord qui fixe la limite applicable, et le taux de majoration appliqué. Faites inscrire au procès-verbal tout dépassement du dixième constaté sans accord.
📊 Un exemple concret pour une réunion
Une enseigne emploie une équipe de caisse à vingt-quatre heures par semaine. Un accord d'entreprise relève la limite au tiers, soit huit heures. Une salariée accomplit six heures complémentaires sur une semaine. Dans ce cas, elle a dépassé le dixième (2,4 heures) mais reste sous le tiers. À défaut de taux conventionnel différent, les 2,4 premières heures sont majorées de 10 %, les 3,6 heures suivantes de 25 %. Si, au contraire, aucun accord ne relève la limite, ces six heures dépassent le plafond du dixième : l'employeur n'était pas fondé à les demander.
Ce calcul est simple à reproduire et constitue un bon point d'appui pour interroger la direction sur ses pratiques.
📌 Ce qu'il faut retenir
- Majoration obligatoire : chaque heure complémentaire est majorée (L. 3123-8).
- Dixième par défaut : sans accord, la limite est d'un dixième de la durée contractuelle (L. 3123-28).
- Tiers par accord : un accord d'entreprise, d'établissement ou de branche étendu peut porter la limite au tiers (L. 3123-20).
- Taux : au moins 10 % si la branche le fixe (L. 3123-21) ; à défaut, 10 % jusqu'au dixième puis 25 % jusqu'au tiers (L. 3123-29).
- Plafond : les heures complémentaires ne peuvent pas porter le temps partiel au niveau de la durée légale (L. 3123-9).
📚 Sources
- Article L. 3123-8 du Code du travail — majoration de chaque heure complémentaire
- Article L. 3123-9 du Code du travail — plafond de la durée légale
- Article L. 3123-20 du Code du travail — limite portée jusqu'au tiers par accord
- Article L. 3123-21 du Code du travail — taux fixé par la branche, au moins 10 %
- Article L. 3123-22 du Code du travail — avenant de complément d'heures
- Article L. 3123-28 du Code du travail — limite du dixième à défaut d'accord
- Article L. 3123-29 du Code du travail — taux de 10 % et de 25 % à défaut de stipulation conventionnelle
- Article L. 2312-8 du Code du travail — consultation du CSE sur la durée du travail
Savez-vous combien d'heures complémentaires sont réellement effectuées dans votre entreprise ? Les élus du CSE peuvent se faire accompagner grâce à notre accompagnement juridique, ou se former avec nos formations CSE.












