À défaut d'accord, le contingent annuel d'heures supplémentaires est de 220 heures par salarié. Le CSE est informé dans cette limite et rend un avis au-delà, où s'ajoute une contrepartie obligatoire en repos. Majorations, repos compensateur, questions à poser en réunion : le point sur les textes.
Votre direction annonce un pic d'activité et demande des heures supplémentaires jusqu'à la fin de l'année. Vous, élu du CSE, entendez les salariés compter : combien d'heures peut-on encore leur demander, et que doit-on au comité à chaque étape ? Beaucoup d'entreprises dépassent le plafond sans que personne ne s'en aperçoive.
Le Code du travail encadre ce volume par un contingent annuel d'heures supplémentaires (articles L. 3121-30 et L. 3121-33), fixé à 220 heures par salarié à défaut d'accord (article D. 3121-24). Le CSE est informé tant que l'on reste dans la limite, et rend un avis dès qu'on la dépasse.
📌 Point clé : à défaut d'accord collectif, le contingent est de 220 heures supplémentaires par salarié et par an. Dans cette limite, l'employeur informe le CSE ; au-delà, il doit recueillir son avis, et le salarié a droit à une contrepartie obligatoire en repos.
⚖️ Ce qu'est le contingent annuel
L'article L. 3121-30 pose le principe : des heures supplémentaires peuvent être accomplies dans la limite d'un contingent annuel. Seules comptent les heures effectuées au-delà de la durée légale. Deux catégories d'heures ne s'imputent pas sur ce contingent :
- les heures qui ouvrent droit à un repos compensateur équivalent (article L. 3121-28) ;
- les heures effectuées dans les cas de travaux urgents (article L. 3132-4).
Le contingent est donc un compteur. Chaque salarié a le sien, et il se remet à zéro chaque année. C'est le texte qui fixe la règle de base, mais la négociation collective garde la main.
📜 Qui fixe le volume : l'accord ou la loi
L'article L. 3121-33 charge la convention ou l'accord collectif de définir le contingent annuel et de fixer le taux de majoration des heures supplémentaires, qui ne peut pas descendre en dessous de 10 %. Si aucun accord ne prévoit autre chose, l'article D. 3121-24 retient 220 heures par salarié.
| Situation | Contingent applicable |
|---|---|
| Un accord d'entreprise ou de branche fixe un volume | Celui de l'accord |
| Aucun accord ne le prévoit | 220 heures par salarié et par an |
Première question à poser en réunion : existe-t-il un accord sur le contingent, et quel volume prévoit-il ? Beaucoup d'élus découvrent qu'un accord de branche fixe un chiffre différent de 220 heures.
👥 Information ou avis : le rôle du CSE
L'article L. 3121-33 distingue deux situations. Dans la limite du contingent, les heures supplémentaires sont accomplies après information du CSE. Au-delà du contingent annuel applicable dans l'entreprise, elles ne peuvent l'être qu'après avis du CSE.
La nuance compte. Une simple information ne permet pas au comité de s'opposer, mais elle lui donne le droit de poser des questions et de suivre la consommation du contingent. L'avis, lui, est une consultation : l'employeur doit présenter le projet, laisser au comité le temps d'en débattre et recueillir son avis avant de demander ces heures supplémentaires. L'avis reste consultatif ; le texte ne donne pas au CSE un droit de veto.
💰 Majoration, repos et contrepartie obligatoire
Trois mécanismes se superposent. Il faut les distinguer pour savoir ce que les salariés peuvent réclamer.
La majoration de salaire
À défaut d'accord fixant un autre taux, l'article L. 3121-36 prévoit une majoration de 25 % pour chacune des huit premières heures supplémentaires, puis de 50 % pour les suivantes. L'accord peut prévoir un taux différent, jamais inférieur à 10 %.
Le repos compensateur de remplacement
L'employeur peut remplacer tout ou partie du paiement des heures supplémentaires et de leurs majorations par un repos compensateur équivalent. Dans une entreprise sans délégué syndical, l'article L. 3121-37 exige que le CSE, s'il existe, ne s'y oppose pas. L'employeur peut aussi adapter les conditions d'attribution et de prise de ce repos, après avis du CSE.
La contrepartie obligatoire en repos
Les heures effectuées au-delà du contingent ouvrent droit à une contrepartie obligatoire sous forme de repos. À défaut d'accord, l'article L. 3121-38 en fixe la durée à :
| Effectif de l'entreprise | Contrepartie obligatoire en repos |
|---|---|
| 20 salariés au plus | 50 % des heures effectuées au-delà du contingent |
| Plus de 20 salariés | 100 % des heures effectuées au-delà du contingent |
Concrètement, dans une entreprise de plus de 20 salariés, une heure effectuée au-delà du contingent donne droit à une heure de repos, en plus du paiement de l'heure majorée. Ce repos n'est pas facultatif : il ne se négocie pas à la baisse par une simple note de service.
🚦 Dépasser le contingent : ce que cela change
Dépasser le plafond n'est pas interdit. Cela déclenche trois conséquences : l'avis préalable du CSE, la contrepartie obligatoire en repos et, pour l'employeur, un suivi précis des compteurs individuels. Un employeur qui ignore le dépassement s'expose à des réclamations de repos ou de salaire. Les salariés peuvent les faire valoir devant le conseil de prud'hommes, et la charge de la preuve des heures reste une question de fait que la jurisprudence traite au cas par cas. Sur la place de l'employeur dans la demande d'heures, consultez notre analyse sur les heures supplémentaires interdites par l'employeur.
🧭 Ce que peut faire le salarié
- Conserver ses relevés d'horaires, ses courriels et ses plannings : ils servent de preuve en cas de litige.
- Demander à son employeur le décompte de ses heures supplémentaires et de son contingent restant.
- Réclamer la contrepartie obligatoire en repos lorsque le contingent a été dépassé.
- Saisir les élus du CSE ou le délégué syndical s'il constate des heures répétées sans information.
👥 Ce que doivent retenir les élus du CSE
- Vérifiez d'abord si un accord fixe le contingent : à défaut, c'est 220 heures par salarié.
- Exigez une information régulière sur les heures supplémentaires réalisées, par service, pour suivre la consommation du contingent.
- Dès que le contingent est atteint pour un service ou un salarié, rappelez que l'avis du CSE est requis avant toute heure supplémentaire de plus.
- Faites inscrire à l'ordre du jour et au procès-verbal la demande d'avis et la réponse de la direction.
- Rappelez que le CSE est informé et consulté sur les conditions de travail, notamment la durée du travail (article L. 2312-8), ce qui justifie des questions sur les charges de travail.
💡 Le réflexe utile en réunion : demandez par écrit, avant la prochaine séance, le tableau des heures supplémentaires cumulées par service depuis le 1er janvier, avec le contingent restant. Faites mentionner la demande au procès-verbal : si le seuil est franchi, l'employeur ne pourra pas dire qu'il n'a pas été alerté.
📌 Ce qu'il faut retenir
- Contingent : un plafond annuel d'heures supplémentaires, fixé par accord ou, à défaut, à 220 heures par salarié.
- Information : le CSE est informé pour les heures effectuées dans la limite du contingent.
- Avis : le CSE doit rendre un avis pour toute heure effectuée au-delà.
- Repos obligatoire : au-delà du contingent, 50 % ou 100 % de repos selon l'effectif, à défaut d'accord.
- Majoration : 25 % puis 50 % à défaut d'accord, jamais moins de 10 % si un accord s'applique.
📚 Sources
- Article L. 3121-30 du Code du travail — contingent annuel d'heures supplémentaires
- Article L. 3121-33 du Code du travail — accord, majoration, information ou avis du CSE
- Article D. 3121-24 du Code du travail — contingent de 220 heures à défaut d'accord
- Article L. 3121-36 du Code du travail — majorations de 25 % et 50 %
- Article L. 3121-37 du Code du travail — repos compensateur de remplacement
- Article L. 3121-38 du Code du travail — contrepartie obligatoire en repos
- Article L. 2312-8 du Code du travail — attributions consultatives du CSE
Votre direction respecte-t-elle le contingent d'heures supplémentaires ? Les élus du CSE peuvent se faire accompagner grâce à notre accompagnement juridique, ou se former avec nos formations CSE.













