Articles
>
Licenciement de moins de 10 salariés : l'expertise du CSE suspend-elle le délai de consultation ?

Licenciement de moins de 10 salariés : l'expertise du CSE suspend-elle le délai de consultation ?

Publié le 16 août 2026
Sommaire

Un CSE qui conteste en justice le recours à une expertise « projet important » peut-il, de ce seul fait, obtenir un délai supplémentaire pour rendre son avis ? Dans un arrêt du 8 juillet 2026 (n° 25-13.280, publié au bulletin), la Cour de cassation répond par la négative : pour les licenciements économiques de moins de dix salariés, le délai légal d'un mois n'est jamais suspendu.

👋 Moi c'est Walid BENKHALED, ex-avocat en droit du travail, juriste et formateur CSE. Avec CSE ACADÉMIE, nous formons et accompagnons les élus CSE partout en France.

Un CSE qui conteste en justice le recours à une expertise « projet important » peut-il, de ce seul fait, faire suspendre le délai de consultation applicable à un licenciement économique de moins de dix salariés ? Dans un arrêt du 8 juillet 2026 (Cass. soc., 8 juillet 2026, n° 25-13.280, publié au bulletin), la Cour de cassation répond par la négative et verrouille le délai légal d'un mois.

Cette décision, rendue à propos d'un projet de réduction d'effectifs chez Konbini, média numérique, précise à la fois les conditions de recours à l'expertise « projet important » et les effets d'une contestation de cette expertise sur le calendrier de consultation du CSE.

📌 Point clé : pour les licenciements économiques de moins de dix salariés, le délai d'un mois dont dispose le CSE pour rendre son avis n'est pas suspendu par la contestation, devant le tribunal judiciaire, du recours à une expertise « projet important ». Passé ce délai, le comité est réputé avoir été consulté, quelle que soit l'issue du contentieux relatif à l'expertise.

📄 Les faits à l'origine de l'arrêt

L'entreprise Konbini avait, le 22 octobre 2024, consulté son CSE sur un projet de licenciement économique concernant neuf salariés. Le comité avait alors voté le recours à un expert, au titre d'un « projet important modifiant les conditions de santé et de sécurité ou les conditions de travail ». L'employeur avait contesté cette délibération devant le tribunal judiciaire, en faisant valoir qu'une telle expertise n'était pas applicable à un licenciement de moins de dix salariés.

Le tribunal judiciaire avait annulé la délibération du CSE, faute de projet important suffisamment caractérisé, mais avait jugé que la contestation avait eu pour effet de suspendre le délai légal de consultation. C'est sur ce second point que la Cour de cassation était saisie.

⚖️ Ce que prévoit le Code du travail

L'article L. 1233-8 du Code du travail encadre la procédure applicable aux licenciements économiques de moins de dix salariés dans une même période de trente jours. Il prévoit expressément, dans les entreprises d'au moins onze salariés, que l'employeur réunit et consulte le comité social et économique, et que celui-ci « rend son avis dans un délai qui ne peut être supérieur, à compter de la date de la première réunion au cours de laquelle il est consulté, à un mois ». Le même texte ajoute qu'« en l'absence d'avis rendu dans ce délai, le comité social et économique est réputé avoir été consulté ». Ce délai figure donc bien dans la partie législative du code, et non dans un texte réglementaire.

Le recours à un expert habilité pour « projet important modifiant les conditions de santé et de sécurité ou les conditions de travail » relève, lui, de l'article L. 2315-94, 2°, du Code du travail, qui renvoie au 4° du II de l'article L. 2312-8. Cette expertise, prévue dans le cadre général des attributions du CSE, ne fait l'objet d'aucun texte spécifique l'articulant avec la procédure accélérée applicable aux petits licenciements économiques.

✅ Ce que décide la Cour de cassation

La Cour de cassation pose deux principes complémentaires. D'une part, le recours à l'expertise « projet important » suppose que le CSE établisse, dès sa délibération, l'existence d'un projet suffisamment abouti et distinct du seul projet de licenciement envisagé : la seule perspective d'une réduction d'effectifs ne suffit pas à caractériser un tel projet.

D'autre part, et c'est le cœur de l'arrêt, pour les licenciements de moins de dix salariés, la contestation de cette expertise n'a pas d'effet suspensif sur le délai légal d'un mois prévu par l'article L. 1233-8. Le comité est réputé avoir rendu son avis à l'expiration de ce délai, indépendamment du sort du contentieux relatif à l'expertise. En l'espèce, le CSE de Konbini a ainsi été considéré comme consulté dès le 22 novembre 2024, un mois après la première réunion.

JuridictionPosition sur le délai de consultationConséquence
Tribunal judiciaireLa contestation de l'expertise suspend le délai légal de consultationLe CSE disposait d'un délai supplémentaire pour rendre son avis
Cour de cassationLe délai d'un mois de l'article L. 1233-8 n'est pas suspendu par cette contestationCSE réputé consulté au 22 novembre 2024, quelle que soit l'issue du contentieux

⏱️ Le calendrier concrètement applicable

Rapportée aux dates de l'affaire, la règle donne une chronologie très simple — et très contraignante pour les élus.

DateÉvénement
22 octobre 2024Première réunion de consultation du CSE sur le projet de licenciement de neuf salariés ; vote du recours à l'expertise « projet important »
Après la délibérationContestation par l'employeur devant le tribunal judiciaire ; le délai d'un mois continue de courir
22 novembre 2024Expiration du délai d'un mois : le CSE est réputé avoir été consulté

🚦 Quelles conséquences pratiques pour les CSE ?

Cette solution a des implications concrètes pour les comités confrontés à un projet de licenciement économique de faible ampleur :

  • voter le recours à une expertise « projet important » ne met plus le CSE à l'abri d'un avis réputé rendu si le délai d'un mois expire pendant l'instance judiciaire ;
  • le comité ne peut plus compter sur la contestation de l'expertise par l'employeur pour gagner mécaniquement du temps de préparation ;
  • la délibération votant l'expertise doit, dès son adoption, être motivée par des éléments concrets démontrant un projet distinct du licenciement lui-même, faute de quoi elle s'expose à une annulation ;
  • la procédure accélérée de l'article L. 1233-8 reste totalement autonome des règles applicables aux grands licenciements collectifs et à leurs propres régimes d'expertise.

👥 Ce que doivent retenir les élus du CSE

Face à un projet de licenciement économique portant sur moins de dix salariés, les élus ont tout intérêt à :

  • solliciter dès la première réunion toutes les informations utiles à l'exercice de leur mission, sans attendre une éventuelle expertise ;
  • documenter précisément, si une expertise « projet important » est envisagée, en quoi le projet excède le seul licenciement projeté ;
  • anticiper que le délai d'un mois continue de courir même en cas de désaccord ou de contentieux sur l'expertise ;
  • se faire assister, si nécessaire — par exemple dans le cadre d'un accompagnement juridique —, pour préparer un avis motivé dans le délai imparti plutôt que de miser sur une suspension de celui-ci.

💡 Le réflexe utile en réunion : dès la première réunion, faites acter la date exacte à laquelle le délai d'un mois commence à courir, et fixez tout de suite la date de la séance au cours de laquelle l'avis sera voté. Un calendrier arrêté par écrit vaut mieux qu'une suspension espérée.

🧭 Un délai autonome, une vigilance accrue

En rappelant le caractère autonome et non suspensif du délai d'un mois prévu par l'article L. 1233-8, la Cour de cassation sécurise le calendrier des petits licenciements économiques pour l'employeur, mais impose en miroir aux élus du CSE une vigilance accrue : il ne suffit plus de voter une expertise pour geler la procédure, encore faut-il agir vite et motiver solidement sa décision.

📌 Ce qu'il faut retenir

  • Le délai d'un mois prévu par l'article L. 1233-8 lui-même s'applique aux licenciements économiques de moins de dix salariés sur une même période de trente jours.
  • La contestation de l'expertise « projet important » devant le tribunal judiciaire ne suspend pas ce délai.
  • À son expiration, le CSE est réputé avoir été consulté, quelle que soit l'issue du contentieux — au 22 novembre 2024 dans l'affaire Konbini.
  • L'expertise « projet important » (article L. 2315-94, 2°) suppose un projet distinct du seul licenciement envisagé, caractérisé dès la délibération.
  • Les élus doivent demander l'information utile dès la première réunion et préparer un avis motivé dans le délai imparti.

📚 Sources

Pour sécuriser la rédaction de vos délibérations et de vos avis dans ces délais contraints, les élus du CSE peuvent s'appuyer sur l'accompagnement à la rédaction des PV et avis du CSE proposé par CSE Académie, et approfondir la procédure de licenciement économique grâce à nos formations CSE.

Actualité

Autres actualités CSE

Voir plus
Congé de paternité : 25 jours, fractionnement, délais de prévenance et report
Congé de paternité : 25 jours, fractionnement, délais de prévenance et report

Le congé de paternité et d'accueil de l'enfant dure 25 jours calendaires, 32 en cas de naissances multiples. Il se compose de 4 jours consécutifs puis de 21 jours fractionnables. Délais de prévenance, report en cas d'hospitalisation, rôle des élus du CSE : tout ce qu'il faut savoir.

Contrat de sécurisation professionnelle (CSP) : ce que doivent savoir les élus du CSE
Contrat de sécurisation professionnelle (CSP) : ce que doivent savoir les élus du CSE

Lors d'un licenciement économique, l'employeur doit proposer le contrat de sécurisation professionnelle. Adhérer rompt le contrat sans préavis, mais l'indemnité de licenciement reste due. Délai de contestation, rôle de l'employeur, différence avec le congé de reclassement : le point pour les élus.

Licenciement collectif de 10 salariés et plus : quels délais de consultation pour le CSE ?
Licenciement collectif de 10 salariés et plus : quels délais de consultation pour le CSE ?

Dès dix licenciements économiques sur trente jours, le CSE doit être consulté. Le Code du travail fixe le nombre de réunions et un délai d'avis de deux, trois ou quatre mois selon l'ampleur du projet. Voici le calendrier, le rôle de l'expert et les réflexes à adopter en réunion.

Nos formations

Les formations qui pourraient vous intéresser ...

Voir toutes les formations
Formation CSE de moins de 50 salariés : l'essentiel du mandat
1 jour
+200 élus formés
4 modules
Formation CSE de moins de 50 salariés : l'essentiel du mandat

Dans une entreprise de moins de 50 salariés, le CSE a des missions spécifiques et des moyens adaptés. Cette formation vous apporte les compétences essentielles pour représenter les salariés, assurer un dialogue efficace avec l’employeur et faire du CSE un véritable levier d’action.

Présentiel
Visio
voir
Formation comprendre et agir en cas d'entrave
Nouveau
1 jour
12 élus max
4 modules
Formation comprendre et agir en cas d'entrave

Le délit d'entrave est une infraction pénale grave souvent méconnue des élus. Cette formation vous permet d'identifier les comportements constitutifs d'entrave, de connaître les sanctions applicables et de maîtriser les recours pour défendre votre mandat.

Présentiel
Visio
voir
Formation comprendre les procédures collectives
Nouveau
1 jour
12 élus max
4 modules
Formation comprendre les procédures collectives

Sauvegarde, redressement, liquidation judiciaire : cette formation donne aux élus les clés pour comprendre ces procédures, leurs effets sur les salariés, et exercer le rôle de consultation et de représentation du CSE en situation de crise.

Présentiel
Visio
voir
Formation identifier et prévenir les risques psychosociaux
⬥ Très sollicitée
1 jour
+300 élus formés
5 modules
Formation identifier et prévenir les risques psychosociaux

Identifiez, prévenez et gérez efficacement les risques psychosociaux (stress, burn-out, harcèlement, violences au travail…). Cette formation vous offre les clés pour agir rapidement et protéger la santé des salariés, créant ainsi un environnement de travail plus sûr et respectueux.

Présentiel
Visio
voir
Formation BDESE pour les élus du CSE
1 jour
+270 élus formés
4 modules
Formation BDESE pour les élus du CSE

La formation BDESE pour les élus du CSE vous donne les clés pour comprendre le cadre légal et les obligations de la base de données économiques, sociales et environnementales. Vous apprendrez à identifier et analyser les informations essentielles afin d’exercer efficacement votre rôle consultatif. En maîtrisant cet outil stratégique, vous serez en mesure d’anticiper les évolutions économiques et sociales de votre entreprise et de renforcer l’impact du CSE dans le dialogue social.

Présentiel
Visio
voir
Formation la liberté en entreprise : quel rôle pour le CSE ?
Nouveau
⬥ Très sollicitée
1 jour
12 élus max
4 modules
Formation la liberté en entreprise : quel rôle pour le CSE ?

Surveillance des salariés, liberté d'expression, restrictions vestimentaires, géolocalisation : les atteintes aux libertés revêtent des formes multiples. Cette formation permet aux élus du CSE de maîtriser le cadre juridique des libertés fondamentales et d'agir concrètement pour les protéger.

Présentiel
Visio
voir
Formation économique 2 jours
Nouveau
Obligatoire
2 jours
8 modules
Formation économique 2 jours

Le format court de la formation économique obligatoire : deux journées pour poser le socle du mandat économique — fonctionnement de l'instance, mission économique, consultations obligatoires et gestion des budgets du CSE. Le format le plus demandé par les délégations qui veulent se former au complet sans immobiliser une semaine.

Présentiel
Visio
voir
Formation SSCT obligatoire 5 jours
Obligatoire
⬥ Très sollicitée
5 jours
+ 460 élus formés
20 modules
Formation SSCT obligatoire 5 jours

Elle vous permettra de développer des compétences solides et directement applicables à votre quotidien au travers de cas concrets, de mises en situation et des échanges d’expériences.

Présentiel
Visio
voir
Formation actualisation droit du travail
Nouveau
⬥ Très sollicitée
1 jour
12 élus max
4 modules
Formation actualisation droit du travail

Le droit du travail évolue en permanence. Cette formation annuelle de mise à jour permet aux élus du CSE et aux professionnels RH de maîtriser les dernières évolutions législatives, réglementaires et jurisprudentielles, et d'adapter leurs pratiques.

Présentiel
Visio
voir
Formation préparer et conduire les NAO pour les délégués syndicaux
Nouveau
1 jour
Délégués syndicaux
4 modules
Formation préparer et conduire les NAO pour les délégués syndicaux

Les NAO constituent un moment privilégié du dialogue social. Conçue spécifiquement pour les délégués syndicaux, cette formation vous permet de maîtriser le cadre légal, les techniques de négociation et les outils de préparation pour défendre efficacement les intérêts des salariés.

Présentiel
Visio
voir
Formation optimiser et sécuriser les activités sociales du CSE
⬥ Très sollicitée
1 jour
+330 élus formés
4 modules
Formation optimiser et sécuriser les activités sociales du CSE

Gérer les activités sociales et culturelles (ASC) du CSE est une responsabilité clé qui nécessite rigueur et conformité aux règles légales. Cette formation vous permet de maîtriser les aspects juridiques, comptables et organisationnels des ASC afin d’optimiser leur gestion et d’éviter tout risque de redressement.

Présentiel
Visio
voir
Formation faire face à un licenciement économique (avec ou sans PSE)
Nouveau
⬥ Très sollicitée
2 jours
12 élus max
6 modules
Formation faire face à un licenciement économique (avec ou sans PSE)

Le licenciement économique est l'une des situations les plus délicates pour un CSE. Cette formation de 2 jours donne aux élus toutes les clés pour comprendre les procédures, exercer les droits de consultation, négocier des mesures ambitieuses et accompagner les salariés.

Présentiel
Visio
voir