Articles
>
Droit de retrait : refuser un danger grave sans perdre son salaire, c'est possible ?

Droit de retrait : refuser un danger grave sans perdre son salaire, c'est possible ?

Publié le 7 octobre 2026
Sommaire

Un salarié qui se retire d'une situation de danger grave et imminent ne peut être ni sanctionné ni privé de salaire, s'il avait un motif raisonnable de craindre pour sa vie ou sa santé. Mais selon la Cour de cassation (22 mai 2024), l'employeur peut retenir du salaire si les conditions ne sont pas réunies, sans saisir le juge au préalable.

👋 Moi c'est Walid BENKHALED, ex-avocat en droit du travail, juriste et formateur CSE. Avec CSE ACADÉMIE, nous formons et accompagnons les élus CSE partout en France.

Un salarié constate qu'une machine n'est plus sécurisée, qu'un local est inondé près de câbles électriques ou qu'un collègue agressif menace l'équipe. Il hésite : s'il quitte son poste, risque-t-il une sanction ou une retenue sur salaire ? Et si l'employeur estime que le danger n'existait pas ?

Le Code du travail protège ce réflexe, dans des conditions précises. Dans un arrêt du 22 mai 2024 (Cass. soc., 22 mai 2024, n° 22-19.849, FS-B), la Cour de cassation a rappelé que l'employeur peut retenir du salaire lorsque les conditions du droit de retrait ne sont pas réunies, sans avoir à saisir au préalable un juge.

📌 Point clé : le droit de retrait protège le salarié qui a un motif raisonnable de penser qu'une situation présente un danger grave et imminent pour sa vie ou sa santé. Dans ce cas, aucune sanction ni retenue de salaire n'est possible. Si les conditions ne sont pas réunies, l'employeur peut retenir le salaire sans passer d'abord par le juge : c'est ensuite au juge de trancher si le salarié conteste.

⚖️ Ce que prévoit le Code du travail

Trois textes forment le socle du droit de retrait.

  • L'article L. 4131-1 impose au salarié d'alerter immédiatement l'employeur de toute situation dont il a un motif raisonnable de penser qu'elle présente un danger grave et imminent pour sa vie ou sa santé. Il lui permet de se retirer d'une telle situation. L'employeur ne peut pas lui demander de reprendre son activité tant que le danger grave et imminent persiste.
  • L'article L. 4131-3 interdit toute sanction et toute retenue de salaire à l'encontre du travailleur, ou du groupe de travailleurs, qui s'est retiré d'une situation dont il avait un motif raisonnable de penser qu'elle présentait un tel danger.
  • L'article L. 4132-1 pose une limite : le droit de retrait doit être exercé de manière à ne pas créer pour autrui une nouvelle situation de danger grave et imminent.

Deux notions comptent donc : le motif raisonnable, qui s'apprécie du point de vue du salarié au moment des faits, et le caractère grave et imminent du danger. Un simple inconfort, une charge de travail élevée ou un désaccord avec la direction ne suffisent pas, en eux-mêmes, à justifier un retrait.

📄 L'affaire jugée en 2024

Dans l'affaire tranchée le 22 mai 2024, des salariés d'une compagnie aérienne avaient exercé leur droit de retrait. L'employeur avait ensuite opéré des retenues sur salaire. Des syndicats contestaient ces retenues. La Cour de cassation a rejeté leur pourvoi.

✅ Ce que juge la Cour de cassation

La solution tient en deux points, qui intéressent directement les salariés et les élus.

  • Lorsque les conditions d'exercice du droit de retrait ne sont pas réunies, l'employeur peut opérer une retenue sur salaire.
  • Il n'a pas l'obligation de saisir préalablement le juge pour le faire.

La portée de la décision doit rester mesurée. L'arrêt ne dit pas que l'employeur a toujours raison : il écarte seulement l'idée qu'une décision de justice serait un préalable obligatoire à la retenue. Si le salarié conteste, il revient au juge d'examiner les faits et de dire si le motif raisonnable de craindre un danger grave et imminent existait. Une retenue injustifiée pourra alors être contestée.

SituationConséquence pour le salaire
Motif raisonnable de craindre un danger grave et imminentNi sanction ni retenue de salaire (L. 4131-3)
Conditions du droit de retrait non réuniesRetenue possible, sans saisine préalable du juge (Cass. soc., 22 mai 2024)

🧭 Ce que peut faire le salarié

Le texte demande d'alerter l'employeur. Dans la pratique, une trace écrite sécurise la situation du salarié.

  • Signalez le danger à l'employeur ou à votre encadrement immédiatement, puis confirmez par écrit (courriel, message dans l'outil interne) en décrivant précisément la situation.
  • Indiquez ce qui rend le danger grave et imminent à vos yeux : l'équipement défaillant, la nature du risque, les personnes exposées.
  • Veillez à ne pas exposer vos collègues à un risque nouveau en vous retirant (L. 4132-1).
  • Conservez les preuves : photos, échanges, rapports d'incident, témoignages.
  • Si l'employeur retient du salaire, contestez par écrit puis, au besoin, saisissez le conseil de prud'hommes.

Prévenez aussi un élu du CSE : il peut alerter lui-même l'employeur et appuyer votre démarche.

🚦 Droit de retrait et droit d'alerte : ne pas confondre

Le droit de retrait appartient au salarié, à titre individuel. Le droit d'alerte appartient à l'élu. L'article L. 4131-2 prévoit que le représentant du personnel au CSE qui constate une cause de danger grave et imminent, notamment par l'intermédiaire d'un travailleur, alerte immédiatement l'employeur selon la procédure du premier alinéa de l'article L. 4132-2. Les deux mécanismes peuvent se combiner : le salarié se retire, l'élu alerte. Pour le détail de la procédure et des désaccords avec la direction, consultez notre article sur le droit d'alerte en cas de danger grave et imminent.

👥 Ce que doivent retenir les élus du CSE

  • Un salarié qui hésite à se retirer vient souvent vous voir en premier : aidez-le à décrire le danger par écrit, sans lui garantir que le juge lui donnera raison.
  • Rappelez à la direction qu'aucune sanction ni retenue n'est permise lorsque le motif raisonnable existe, et qu'elle ne peut pas exiger la reprise du travail tant que le danger persiste.
  • Utilisez votre propre droit d'alerte (L. 4131-2) lorsque le danger concerne plusieurs salariés.
  • Après un retrait, demandez comment l'employeur a traité la cause du danger : mesures prises, évaluation des risques, mise à jour du DUERP.
  • Veillez à ce qu'une retenue sur salaire ne soit pas appliquée automatiquement : la Cour de cassation l'autorise seulement lorsque les conditions du retrait ne sont pas réunies.

💡 Le réflexe utile en réunion : après tout signalement de danger, demandez à la direction, en réunion, la liste des mesures prises pour supprimer la cause du danger, et faites inscrire au procès-verbal sa réponse ainsi que la date à laquelle ces mesures seront en place.

📌 Ce qu'il faut retenir

  • Condition : un motif raisonnable de penser que la situation présente un danger grave et imminent pour la vie ou la santé.
  • Alerte : le salarié signale immédiatement le danger à l'employeur (L. 4131-1).
  • Protection : aucune sanction ni retenue de salaire lorsque les conditions sont réunies (L. 4131-3).
  • Limite : le retrait ne doit pas créer un danger nouveau pour autrui (L. 4132-1).
  • Risque : si les conditions ne sont pas réunies, l'employeur peut retenir du salaire sans saisir d'abord le juge (Cass. soc., 22 mai 2024, n° 22-19.849).
  • Preuve : une alerte écrite et des éléments précis protègent le salarié en cas de contestation.

📚 Sources

  • Cass. soc., 22 mai 2024, n° 22-19.849, FS-B — fiche de l'arrêt (Lextenso)
  • Article L. 4131-1 du Code du travail — alerte et droit de retrait
  • Article L. 4131-2 du Code du travail — alerte par le représentant du personnel au CSE
  • Article L. 4131-3 du Code du travail — absence de sanction et de retenue de salaire
  • Article L. 4132-1 du Code du travail — absence de danger créé pour autrui

Un salarié de votre entreprise s'est déjà retiré d'un poste, ou hésite à le faire ? Les élus du CSE peuvent se faire accompagner grâce à notre accompagnement juridique, ou se former à la santé et à la sécurité avec nos formations CSE.

Actualité

Autres actualités CSE

Voir plus
Durée du mandat des élus du CSE : 4 ans, ou entre 2 et 4 ans par accord
Durée du mandat des élus du CSE : 4 ans, ou entre 2 et 4 ans par accord

Les mandats des élus du CSE durent quatre ans, sauf accord de branche, de groupe ou d'entreprise fixant une durée de deux à quatre ans. Fin de mandat, transfert d'entreprise, calendrier : voici ce que prévoient les articles L. 2314-33, L. 2314-34, L. 2314-35 et L. 2314-5 du Code du travail, et ce que les élus doivent surveiller.

Droit de retrait : refuser un danger grave sans perdre son salaire, c'est possible ?
Droit de retrait : refuser un danger grave sans perdre son salaire, c'est possible ?

Un salarié qui se retire d'une situation de danger grave et imminent ne peut être ni sanctionné ni privé de salaire, s'il avait un motif raisonnable de craindre pour sa vie ou sa santé. Mais selon la Cour de cassation (22 mai 2024), l'employeur peut retenir du salaire si les conditions ne sont pas réunies, sans saisir le juge au préalable.

Délégué syndical : désignation et heures de délégation selon l'effectif
Délégué syndical : désignation et heures de délégation selon l'effectif

Qui peut devenir délégué syndical dans une entreprise de 50 salariés et plus, et de combien d'heures dispose-t-il ? Conditions de désignation (article L. 2143-3), crédit mensuel de 12, 18 ou 24 heures (L. 2143-13), heures pour préparer les négociations et paiement de ce temps : le point pour les élus du CSE.

Nos formations

Les formations qui pourraient vous intéresser ...

Voir toutes les formations
Formation DUERP : comprendre, évaluer et prévenir les risques professionnels
1 jour
+ 170 élus formés
4 modules
Formation DUERP : comprendre, évaluer et prévenir les risques professionnels

Cette formation, axée sur la pratique et des cas concrets, donne aux élus du CSE les compétences nécessaires pour analyser les risques, proposer des actions de prévention efficaces et assurer le suivi du DUERP en collaboration avec l’employeur et les autres acteurs de la santé au travail.

Présentiel
Visio
voir
Formation accident du travail & maladie professionnelle
Nouveau
2 jours
8 modules
Formation accident du travail & maladie professionnelle

Deux journées pour maîtriser l'AT et la MP de bout en bout : qualification, déclaration, contestation, enquête du CSE par l'arbre des causes, faute inexcusable et pilotage de la sinistralité.

Présentiel
Visio
voir
Formation renouvellement des membres du CSE - SSCT 3 jours (obligatoire)
Obligatoire
⬥ Très sollicitée
3 jours
+360 élus formés
12 modules
Formation renouvellement des membres du CSE - SSCT 3 jours (obligatoire)

En tant qu’élu du CSE ou de la CSSCT, vous êtes un acteur clé de la santé et de la sécurité au travail. Cette formation vous donne toutes les clés pour identifier les risques professionnels, proposer des actions concrètes et collaborer efficacement avec les différents acteurs de l’entreprise. Maîtrisez vos missions, anticipez les dangers et devenez un véritable moteur de la prévention. Offrez à vos salariés un environnement de travail plus sûr et serein !

Présentiel
Visio
voir
Formation comprendre les procédures collectives
Nouveau
1 jour
12 élus max
4 modules
Formation comprendre les procédures collectives

Sauvegarde, redressement, liquidation judiciaire : cette formation donne aux élus les clés pour comprendre ces procédures, leurs effets sur les salariés, et exercer le rôle de consultation et de représentation du CSE en situation de crise.

Présentiel
Visio
voir
Formation connaître les différents types de licenciements pour mieux accompagner les salariés
⬥ Très sollicitée
1 jour
+280 élus formés
5 modules
Formation connaître les différents types de licenciements pour mieux accompagner les salariés

Comprendre les différentes procédures de licenciements pour mieux accompagner les salariés : cette formation vous apporte les connaissances essentielles sur les procédures de rupture du contrat de travail et votre le rôle en tant qu'élu CSE. Vous apprendrez à informer les salariés, à les accompagner lors des entretiens préalables et à comprendre les différents recours en cas de contestation.

Présentiel
Visio
voir
Formation SSCT CSE de moins de 50 salariés
Nouveau
Obligatoire
5 jours
20 modules
Formation SSCT CSE de moins de 50 salariés

Les 5 jours de formation SSCT obligatoire, entièrement recentrés sur le CSE de moins de 50 salariés : pas de CSSCT, peu d’élus, peu d’heures — des méthodes qui tiennent dans votre réalité.

Présentiel
Visio
voir
Formation les représentants de proximité
1 jour
+150 élus formés
4 modules
Formation les représentants de proximité

‍Devenez un acteur de terrain efficace en maîtrisant votre rôle de représentant de proximité. Cette formation vous permettra de comprendre votre vos missions et d'en maîtriser le cadre légal. Vous apprendrez également à collaborer efficacement avec le CSE et la direction, à utiliser vos moyens d’action et à intervenir sur les questions de santé, sécurité et conditions de travail.

Présentiel
Visio
voir
Formation faire face à un licenciement économique (avec ou sans PSE)
Nouveau
⬥ Très sollicitée
2 jours
12 élus max
6 modules
Formation faire face à un licenciement économique (avec ou sans PSE)

Le licenciement économique est l'une des situations les plus délicates pour un CSE. Cette formation de 2 jours donne aux élus toutes les clés pour comprendre les procédures, exercer les droits de consultation, négocier des mesures ambitieuses et accompagner les salariés.

Présentiel
Visio
voir
Formation préparer son règlement intérieur
1 jour
+ 150 élus formés
3 modules
Formation préparer son règlement intérieur

Le règlement intérieur est un outil essentiel pour structurer le fonctionnement du CSE et assurer une gestion claire et efficace de l’instance. Cette formation vous guide pas à pas dans son élaboration afin d’en faire un document conforme aux obligations légales et adapté aux spécificités de votre entreprise.

Présentiel
Visio
voir
Formation référent harcèlement sexuel & agissements sexistes
Obligatoire
⬥ Très sollicitée
1 jour
+ 190 élus formés
4 modules
Formation référent harcèlement sexuel & agissements sexistes

Le rôle de référent harcèlement sexuel et agissements sexistes est désormais obligatoire pour les CSE. Cette formation est donc essentielle pour le référent désigné, mais également pour tous les élus souhaitant être sensibilisés et disposer des outils nécessaires pour prévenir et gérer ces comportements en entreprise.

Présentiel
Visio
voir
Formation IA & CSE : comprendre et utiliser l'IA dans le mandat
Nouveau
⬥ Très sollicitée
1 jour
12 élus max
4 modules
Formation IA & CSE : comprendre et utiliser l'IA dans le mandat

L'intelligence artificielle transforme profondément le monde du travail. Cette formation permet aux élus de comprendre les impacts de l'IA sur les salariés et les emplois, d'exercer les prérogatives du CSE face aux projets IA, et d'utiliser des outils IA pour faciliter leur mandat au quotidien.

Présentiel
Visio
voir
Formation économique 2 jours
Nouveau
Obligatoire
2 jours
8 modules
Formation économique 2 jours

Le format court de la formation économique obligatoire : deux journées pour poser le socle du mandat économique — fonctionnement de l'instance, mission économique, consultations obligatoires et gestion des budgets du CSE. Le format le plus demandé par les délégations qui veulent se former au complet sans immobiliser une semaine.

Présentiel
Visio
voir