Dans les entreprises d'au moins 50 salariés comportant au moins deux établissements distincts, la loi impose un CSE central et des CSE d'établissement aux attributions et budgets distincts. Cet article explique qui consulter selon les projets, comment sont désignés les membres du CSE central, comment se répartissent les budgets, et les pièges de consultation à éviter en cas de projet multi-établissements.
Un groupe industriel compte cinq sites en France. La direction annonce un projet de réorganisation qui touche trois usines sur cinq. Les élus du CSE de l'un des établissements concernés reçoivent une note d'information et se demandent si c'est leur instance qui doit être consultée, ou si le dossier relève du CSE central. Beaucoup découvrent cette architecture à double niveau au moment où elle leur pose concrètement problème.
Le code du travail répond précisément à cette question depuis l'ordonnance du 22 septembre 2017. L'article L. 2313-1 impose la mise en place d'un comité social et économique central, complété par des comités sociaux et économiques d'établissement, dans les entreprises d'au moins cinquante salariés comportant au moins deux établissements distincts. La répartition des attributions entre les deux niveaux obéit ensuite à des règles fixées par les articles L. 2316-1 et L. 2316-20.
📌 Point clé : dans une entreprise d'au moins 50 salariés comportant au moins deux établissements distincts, le CSE central traite ce qui relève de la marche générale de l'entreprise, tandis que chaque CSE d'établissement traite ce qui relève du pouvoir du chef d'établissement. Un projet qui dépasse ce pouvoir, ou qui touche plusieurs établissements, impose de consulter les deux niveaux.
⚖️ Cadre juridique : quand la structure à deux niveaux est-elle obligatoire
L'article L. 2313-1 du code du travail pose la règle de base : un CSE est mis en place au niveau de l'entreprise, mais des CSE d'établissement et un CSE central d'entreprise sont constitués dans les entreprises d'au moins cinquante salariés comportant au moins deux établissements distincts. Ce seuil de 50 salariés s'apprécie au niveau de l'entreprise entière, pas établissement par établissement.
La notion d'établissement distinct n'est pas définie par un critère unique : elle résulte en priorité d'un accord d'entreprise, à défaut d'un accord entre l'employeur et le CSE, et à défaut de ces deux accords d'une décision unilatérale de l'employeur, elle-même contestable devant l'administration puis le juge judiciaire. Un établissement est reconnu distinct lorsqu'il présente une implantation géographique propre et un degré d'autonomie suffisant en matière de gestion du personnel.
Chaque établissement distinct élit ensuite son propre CSE d'établissement au suffrage direct des salariés, comme un CSE d'entreprise classique. Le CSE central, lui, n'est jamais élu directement par les salariés : sa composition découle des CSE d'établissement, comme détaillé plus loin.
🚦 Répartition des attributions : qui décide de quoi
L'article L. 2316-1 du code du travail confie au CSE central les attributions concernant la marche générale de l'entreprise qui dépassent les pouvoirs des chefs d'établissement. Il est seul consulté sur les projets décidés au niveau de l'entreprise sans mesures d'adaptation spécifiques à un établissement, sur les projets dont les modalités de mise en œuvre ne sont pas encore arrêtées, et sur les mesures d'adaptation communes à plusieurs établissements. En pratique : orientations stratégiques, situation économique et financière globale, politique sociale d'ensemble, projets conçus au niveau du siège.
À l'inverse, l'article L. 2316-20 précise que le CSE d'établissement dispose des mêmes attributions qu'un CSE d'entreprise, dans la limite des pouvoirs confiés au chef de cet établissement. Il est consulté sur les mesures d'adaptation des décisions d'entreprise spécifiques à son établissement et relevant de son responsable local, et conserve ses attributions de proximité : conditions de travail, marche générale de l'établissement, santé et sécurité sur son site.
La ligne de partage tient donc moins à l'ampleur du sujet qu'à l'autorité qui décide. Un projet arrêté par le siège sans marge d'adaptation locale reste au niveau central. Un projet qui implique des choix concrets propres à un site — réorganisation d'un service, changement d'horaires, mesures de sécurité locales — bascule, pour cette partie, vers le CSE d'établissement concerné.
👥 Composition et désignation : pas d'élection directe au niveau central
L'article L. 2316-4 du code du travail détaille la composition du CSE central. Il comprend l'employeur ou son représentant, assisté le cas échéant de collaborateurs, et des délégués titulaires et suppléants élus, pour chaque établissement, par le CSE d'établissement parmi ses membres. Les salariés ne votent donc jamais directement pour désigner le CSE central : les membres élus des CSE d'établissement désignent en leur sein les délégués qui les représenteront au niveau central. Le nombre de sièges par établissement est fixé par décret, selon son effectif. Peuvent aussi siéger à titre consultatif, quand l'ordre du jour porte sur la santé, la sécurité et les conditions de travail, le médecin du travail et l'agent de contrôle de l'inspection du travail, sans voix délibérative.
💰 Budgets : chaque établissement garde le sien, le CSE central n'en a pas de plein droit
C'est le point qui génère le plus de confusion chez les élus. Chaque CSE d'établissement dispose de son propre budget de fonctionnement et de son propre budget des activités sociales et culturelles, calculés selon les règles habituelles applicables à tout CSE, sur la base de la masse salariale de son établissement.
Le CSE central, lui, n'a pas de budget de fonctionnement légal automatique. L'article L. 2315-62 du code du travail prévoit que, dans les entreprises comportant plusieurs CSE d'établissement, ce budget est déterminé par accord entre le comité central et les comités d'établissement. Cet accord fixe la quote-part que chaque CSE d'établissement transfère au CSE central, à condition que les CSE d'établissement conservent des moyens suffisants pour exercer leurs propres missions. À défaut d'accord, les modalités sont fixées par décret. Le budget des activités sociales et culturelles suit une logique proche : réparti entre établissements au prorata de leur masse salariale respective, sauf accord contraire.
Un CSE d'établissement ne peut donc pas se voir amputer unilatéralement de son budget au profit du CSE central : la contribution doit résulter d'un accord ou, à défaut, d'un cadre réglementaire précis, jamais d'une simple décision de l'employeur.
🧭 Cas pratique : un projet touche plusieurs établissements, qui consulter
C'est la situation la plus fréquente en pratique : réorganisation, plan de sauvegarde de l'emploi, transfert d'activité entre sites. L'article L. 1233-36 du code du travail, propre au licenciement collectif, illustre la logique générale applicable : l'employeur consulte le comité central et le ou les CSE d'établissement concernés dès lors que les mesures envisagées excèdent le pouvoir du chef d'établissement ou portent sur plusieurs établissements simultanément. Le CSE central est réuni en premier ; les CSE d'établissement concernés le sont ensuite, dans le même calendrier.
Cette articulation des délais est précisée par l'article R. 2312-6 du code du travail. À défaut d'accord, le CSE est réputé avoir rendu un avis négatif à l'expiration d'un délai d'un mois, porté à deux mois en cas de recours à un expert, et à trois mois lorsque plusieurs expertises sont menées en parallèle par le CSE central et un ou plusieurs CSE d'établissement. Quand les deux niveaux sont consultés simultanément sur le même projet, chaque CSE d'établissement doit transmettre son avis au plus tard sept jours avant l'expiration du délai applicable au CSE central. À défaut, son avis est réputé négatif.
| Critère | CSE central | CSE d'établissement |
|---|---|---|
| Mise en place | Obligatoire dès lors que l'entreprise atteint 50 salariés avec au moins 2 établissements distincts | Un par établissement reconnu distinct |
| Désignation des membres | Délégués élus par les membres des CSE d'établissement, parmi eux | Élus directement par les salariés de l'établissement |
| Attributions | Marche générale de l'entreprise, projets sans adaptation locale, mesures communes à plusieurs sites | Pouvoirs du chef d'établissement, mesures d'adaptation propres au site |
| Budget de fonctionnement | Pas de budget légal automatique ; quote-part fixée par accord (art. L. 2315-62) | Budget propre, calculé sur la masse salariale de l'établissement |
| Budget ASC | Pas de budget propre de plein droit | Budget propre, réparti au prorata de la masse salariale à défaut d'accord |
🛡️ Ce que doivent retenir les élus du CSE
Trois pièges reviennent régulièrement. Le premier : l'employeur consulte uniquement le CSE d'établissement sur un projet qui relève en réalité du niveau central, parce qu'il touche plusieurs sites ou dépasse le pouvoir du responsable local. Cette consultation au mauvais niveau prive les élus des moyens d'action propres au CSE central, notamment le recours à un expert, et peut caractériser une entrave au fonctionnement régulier du comité, sanctionnée par l'article L. 2317-1 du code du travail. Dans ce cas, un accompagnement juridique permet d'évaluer rapidement si le niveau de consultation choisi est régulier avant que les délais ne courent.
Le second piège est symétrique : l'employeur consulte le seul CSE central sur un projet qui comporte en réalité des mesures d'adaptation propres à un établissement, privant les élus locaux, pourtant les mieux placés pour en apprécier l'impact sur le terrain, de leur droit à être consultés.
Le troisième concerne les délais. Quand les deux niveaux sont consultés en parallèle, un CSE d'établissement qui laisse filer le délai de sept jours avant l'échéance du CSE central voit son avis réputé négatif sans avoir pu s'exprimer utilement. Suivez donc le calendrier du CSE central dès l'ouverture de la procédure, pas seulement celui de votre propre instance.
💡 Le réflexe utile en réunion : face à un projet qui dépasse manifestement le périmètre d'un seul établissement, demandez formellement, en réunion et par écrit, sur quel fondement l'employeur limite la consultation à un seul niveau, et faites consigner cette question et la réponse obtenue au procès-verbal.
📌 Ce qu'il faut retenir
- Le CSE central et les CSE d'établissement sont obligatoires dans les entreprises d'au moins 50 salariés comportant au moins deux établissements distincts (article L. 2313-1).
- Le CSE central traite la marche générale de l'entreprise et les projets sans adaptation locale ; le CSE d'établissement traite ce qui relève du pouvoir du chef d'établissement (articles L. 2316-1 et L. 2316-20).
- Les membres du CSE central ne sont jamais élus directement par les salariés : ils sont désignés par les membres des CSE d'établissement, parmi eux (article L. 2316-4).
- Chaque CSE d'établissement a son propre budget de fonctionnement et ASC ; le CSE central n'a pas de budget légal automatique, sa quote-part se négocie par accord (article L. 2315-62).
- Un projet qui dépasse le pouvoir d'un chef d'établissement ou touche plusieurs sites impose de consulter les deux niveaux, avec un calendrier articulé précisément par décret (article R. 2312-6).
- Consulter au mauvais niveau prive les élus de leurs moyens d'action et peut constituer une entrave au fonctionnement du CSE (article L. 2317-1).
📚 Sources
- Légifrance — Section 1 : Comité social et économique central (articles L. 2316-1 à L. 2316-19)
- Code du travail numérique — Article L. 2313-1 (mise en place du CSE central et des CSE d'établissement)
- Code du travail numérique — Article L. 2316-4 (composition et désignation du CSE central)
- Code du travail numérique — Article L. 2316-20 (attributions du CSE d'établissement)
- Code du travail numérique — Article L. 2315-62 (budget de fonctionnement du CSE central)
- Code du travail numérique — Article L. 1233-36 (consultation du CSE central en cas de projet multi-établissements)
- Code du travail numérique — Article L. 2317-1 (délit d'entrave)
Comprendre cette architecture à deux niveaux évite bien des blocages en réunion, mais elle se combine avec d'autres règles tout aussi techniques, sur le contenu du procès-verbal à consigner. Pour sécuriser ces arbitrages au quotidien, nos formations CSE permettent aux élus de maîtriser le périmètre exact de leurs attributions.












