Un CSE qui emploie une assistante ou un secrétaire administratif devient un employeur à part entière, distinct de l'entreprise. Statut du contrat, budget qui finance le salaire, convention collective applicable et protection : ce que les élus doivent savoir avant de recruter ou de gérer ce salarié.
Beaucoup de comités sociaux et économiques emploient, sans toujours s'en rendre compte juridiquement, un vrai salarié : une assistante administrative qui gère le courrier et les inscriptions aux activités sociales, ou un secrétaire général qui tient la comptabilité du comité. Les élus qui la recrutent pensent souvent qu'elle travaille pour l'entreprise, un peu comme un prestataire interne.
Ce n'est pas le cas. Le CSE, doté de la personnalité civile par l'article L. 2315-23 du Code du travail, est un employeur à part entière, distinct de l'entreprise. Cette qualité change tout : le contrat de travail, la paie, le pouvoir de licencier et même le contentieux relèvent du comité lui-même, pas du chef d'entreprise.
📌 Point clé : le CSE qui emploie du personnel devient un employeur de droit commun, distinct de l'entreprise. Ses élus assument alors, collectivement, toutes les obligations d'un employeur ordinaire — déclaration d'embauche, bulletin de paie, cotisations sociales — sur les seuls budgets du comité, sans que le chef d'entreprise n'intervienne dans cette gestion.
⚖️ Le CSE, employeur distinct de l'entreprise
La personnalité civile du CSE n'est pas une simple formule administrative. Elle signifie que le comité peut, comme n'importe quelle personne morale de droit privé, posséder un patrimoine, ouvrir un compte bancaire, signer un bail, ester en justice — et employer du personnel. L'article L. 2315-23 le dit explicitement : le CSE « est doté de la personnalité civile et gère son patrimoine ».
Cette gestion du patrimoine est autonome. Elle appartient aux membres élus, pas au président de séance — qui est justement le chef d'entreprise ou son représentant (L. 2315-23 toujours). Sur ce terrain précis, distinct du dialogue social avec l'employeur, il n'a normalement pas voix au chapitre. La Cour de cassation l'a rappelé de façon transposable le 19 octobre 2022 (n° 21-18.705) : quand le comité délibère pour mandater l'un de ses membres afin de le représenter en justice, décision relevant de sa gestion interne, le président-employeur ne prend pas part au vote. Recruter un salarié pour faire fonctionner le comité relève de la même logique : c'est une affaire du comité, pas de l'entreprise.
Concrètement, le CSE devient un employeur soumis, dans ses rapports avec son personnel, aux dispositions de droit commun du Code du travail (L. 1111-1) : durée du travail, SMIC, congés payés, déclaration préalable à l'embauche auprès de l'Urssaf, bulletin de paie, cotisations sociales via la déclaration sociale nominative. Rien de spécifique n'allège ni n'aggrave ces obligations du simple fait que l'employeur est un comité social et économique plutôt qu'une société commerciale.
👥 Qui décide, et qui signe le contrat ?
La décision de recruter, comme celle de licencier, s'analyse comme un acte de gestion du patrimoine du comité. Elle doit donc être prise collectivement, par une délibération votée en réunion, à la majorité des membres présents ayant voix délibérative — les mêmes règles de vote que pour toute décision interne du CSE (L. 2315-32). Rien n'oblige légalement à confier la signature du contrat à une personne précise : c'est en pratique le secrétaire, parfois le trésorier, qui signe, sur mandat donné par cette délibération ou prévu dans le règlement intérieur du comité.
Ce formalisme n'est pas cosmétique. Un contrat signé par un seul élu sans délibération préalable expose le comité, et parfois le signataire lui-même, à une contestation de la régularité de l'engagement. Faire figurer clairement au procès-verbal le vote, la fiche de poste et le budget d'imputation protège les deux parties.
💰 Qui finance ce salarié : fonctionnement ou activités sociales ?
Le CSE dispose de deux budgets strictement cloisonnés : le budget de fonctionnement, financé par une subvention patronale de 0,20 % ou 0,22 % de la masse salariale brute selon l'effectif (L. 2315-61), et le budget des activités sociales et culturelles, financé selon un taux fixé par accord d'entreprise ou, à défaut, au moins égal à celui de l'année précédente (L. 2312-81). Le principe de spécialité budgétaire interdit en principe de payer sur l'un ce qui relève de l'autre.
La répartition du salaire dépend donc de la nature réelle des tâches confiées au salarié, pas de l'intitulé du poste :
| Tâches effectuées | Budget qui finance la rémunération |
|---|---|
| Secrétariat, comptabilité, gestion administrative du comité | Budget de fonctionnement |
| Organisation des activités sociales et culturelles (inscriptions, billetterie, animation) | Budget des activités sociales et culturelles |
| Les deux à la fois | Répartition au prorata du temps réellement consacré à chaque mission |
Cette répartition, quand les tâches sont mixtes, suppose de documenter, même sommairement, le temps consacré à chaque mission — un tableau annuel suffit généralement.
📜 Quel régime pour le contrat de travail ?
Aucune convention collective de branche ne s'impose automatiquement au CSE en tant qu'employeur. La convention applicable à une entreprise dépend de son activité principale réellement exercée, pas de son intitulé : or l'activité du comité — gérer son fonctionnement et ses œuvres sociales — ne correspond en général à aucune branche professionnelle étendue. Le comité doit s'immatriculer comme employeur (Siret propre, code NAF), et c'est le plus souvent le seul Code du travail, complété le cas échéant par un accord propre négocié par le CSE lui-même, qui encadre le contrat.
Cette absence de convention collective de branche surprend souvent les élus, qui supposent à tort que leur salarié administratif bénéficie automatiquement de la même convention que les salariés de l'entreprise. Ce n'est vrai que si le comité décide volontairement de l'appliquer, par exemple en la mentionnant dans le contrat de travail ou dans un accord d'entreprise du CSE lui-même.
🛡️ Le salarié du CSE est-il protégé comme un élu ?
Non. Employer une personne pour le compte du comité ne lui confère aucun statut protecteur particulier. Ce salarié n'est pas membre du CSE : il ne vote pas en réunion et ne peut y assister que si la majorité des membres l'y autorise. La protection renforcée contre le licenciement, réservée aux représentants élus et désignés par les articles L. 2411-1 et suivants, ne s'applique pas à lui — sauf s'il exerce par ailleurs, dans une autre entreprise ou pour un autre mandat, une fonction représentative distincte.
Son licenciement obéit donc aux règles ordinaires : cause réelle et sérieuse, procédure de droit commun, indemnités légales ou conventionnelles selon son ancienneté. En cas de litige — salaire impayé, contestation d'un licenciement — c'est le conseil de prud'hommes qui est compétent (L. 1411-1), le CSE y étant représenté comme n'importe quelle personne morale employeur, en général par son secrétaire ou par un mandataire désigné par délibération.
🚦 Trois statuts à ne pas confondre
| Statut | Employeur juridique | Protection contre le licenciement |
|---|---|---|
| Salarié administratif embauché par le CSE | Le comité social et économique | Régime de droit commun, aucune protection spécifique |
| Élu titulaire ou suppléant du CSE | L'entreprise (son contrat de travail n'est pas suspendu) | Statut protecteur, autorisation de l'inspection du travail requise |
| Salarié de l'entreprise mis ponctuellement à disposition du comité | L'entreprise, qui continue de le rémunérer | Régime de droit commun applicable à l'entreprise |
Cette dernière situation — un salarié de l'entreprise prêté ponctuellement au comité — diffère juridiquement d'un recrutement propre du CSE : l'entreprise reste l'employeur, et le comité ne fait que bénéficier de son concours.
🧭 Ce que le comité doit vérifier avant de recruter
Avant toute embauche, les élus ont intérêt à sécuriser trois points : faire voter une délibération précisant le poste, le budget d'imputation et le mandataire signataire ; rédiger un contrat de travail écrit, même si la loi ne l'impose pas toujours, pour fixer la rémunération, la durée du travail et les missions ; et vérifier, si les tâches sont mixtes, que la clef de répartition entre les deux budgets figure dans les comptes annuels du comité. Un point utile à vérifier au passage : le calcul du budget de fonctionnement du CSE doit couvrir le coût annuel chargé du poste, pas seulement le salaire net.
👥 Ce que doivent retenir les élus du CSE
Employer du personnel change la nature de certaines responsabilités des élus, qui endossent alors une double casquette : représentants du personnel d'un côté, employeurs à part entière de l'autre. Points de vigilance concrets :
- La décision de recruter ou de licencier se prend par vote du comité, pas par un élu isolé, même secrétaire ou trésorier.
- Le président-employeur n'a normalement pas à voter sur cette gestion interne du patrimoine du comité.
- Le salaire doit être imputé sur le bon budget selon la nature réelle des tâches, sous peine de remise en cause comptable lors de la reddition annuelle des comptes.
- Aucune convention collective de branche ne s'applique automatiquement : il faut le vérifier au cas par cas plutôt que le présumer.
- Le salarié du comité n'a pas le statut protecteur d'un élu et peut être licencié selon les règles ordinaires, avec les garanties procédurales ordinaires.
💡 Le réflexe utile en réunion : avant toute décision concernant le salarié du comité (embauche, avenant, licenciement), faites inscrire au procès-verbal le résultat du vote, l'identité du mandataire signataire et le budget d'imputation du salaire. Cette trace écrite protège le comité en cas de contrôle comptable ou de contentieux prud'homal ultérieur.
📌 Ce qu'il faut retenir
- Le CSE, doté de la personnalité civile (L. 2315-23), peut employer du personnel comme n'importe quel employeur de droit privé.
- La gestion de ce personnel relève des élus, pas du président-employeur, par analogie avec la jurisprudence sur la gestion interne du comité.
- Le salaire est imputé sur le budget de fonctionnement, sur le budget des activités sociales et culturelles, ou réparti au prorata si les tâches sont mixtes.
- Aucune convention collective de branche ne s'impose automatiquement : le Code du travail de droit commun s'applique, complété le cas échéant par un accord propre au CSE.
- Le salarié du comité ne bénéficie d'aucun statut protecteur particulier et relève du conseil de prud'hommes en cas de litige.
📚 Sources
- Article L. 2315-23 du Code du travail — personnalité civile du CSE (Légifrance)
- Article L. 2315-61 du Code du travail — budget de fonctionnement (code.travail.gouv.fr)
- Article L. 2312-81 du Code du travail — contribution aux activités sociales et culturelles (code.travail.gouv.fr)
- Article L. 1411-1 du Code du travail — compétence du conseil de prud'hommes (Légifrance)
- Cass. soc., 19 octobre 2022, n° 21-18.705 — commentaire Flichy Grangé Avocats
- Éditions Tissot — recrutement d'un salarié du CSE
Recruter pour le compte du comité n'a rien d'anodin : c'est endosser, collectivement, la responsabilité d'un employeur à part entière. Pour sécuriser ce type de décision ou vérifier la conformité d'un contrat déjà en cours, direction notre page accompagnement juridique ; et pour se former plus largement à la gestion budgétaire et administrative du comité, consultez nos formations CSE.






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